Militer pour la science
Les mouvements rationalistes en France (1930-2005)
Sylvain Laurens



Certains savants considèrent que la science s’arrête aux portes des laboratoires. D’autres passent leur temps à promouvoir auprès des citoyens l’«esprit scientifique», estimant que la science n’est pas seulement une profession mais le pilier d’un espace public reposant sur la vérité. C’est à ces derniers que s’intéresse ce livre, qui cherche à rendre compte des conditions sociales et intellectuelles de l’engagement public des savants en faveur de la science et du rationalisme. En effet, même si les organisations rationalistes décrites dans cet ouvrage dépassent rarement le millier d’adhérents, elles constituent pour les sciences sociales un objet qui permet de poser des questions inversement plus larges que celles que leur taille ou leur relative confidentialité pourraient laisser supposer. Elles donnent à voir comment, et par quels processus, la « vérité» ou la «défense de la science» peuvent être durablement érigées en argument politique et mobilisées dans l’espace public par les amateurs de science ou par les savants eux-mêmes, d’une manière différente de génération en génération, des combats anticléricaux des années 1930 jusqu’aux débats sur le principe de précaution au début du XXIe siècle.

Sommaire
Introduction 
Chapitre premier. Les fondements sociaux d’une épistémologie engagée Sociogenèse de l’Union rationaliste (1930-1945)
L’affirmation d’un universalisme scientifique
L’héritage compliqué des savants dreyfusards dans les années 1930
Un néorationalisme rapidement confronté à la montée du fascisme 

Chapitre 2. Le rationalisme comme refuge. Guerre froide des savants et dissidences licites au sein du PCF (1946-1956)
L’après-guerre, une recomposition de l’UR sous l’influence diffuse du stalinisme
Le rationalisme comme pont vers les «organisations bourgeoises»
Le rationalisme comme ressource pour contourner l’encadrement stalinien des savants 

Chapitre 3. Refondre le rationalisme sans la béquille du socialisme scientifique (1956-1970)
Différencier connaissance rationnelle et idéologie communiste: le credo des «termites»
Le craquellement de l’enveloppement sémantique «PCF»
Le consensus de Royaumont et la mise à l’écart de l’articulation entre socialisme et science 
Encadré 1. Le Cercle Ernest Renan, l’autre polarité de la mouvance  

Chapitre 4. Sauver le grand public de l’irrationnel. La bataille pour l’information scientifique et contre les pseudo-sciences (1970-1993) 
Une agence pour l’information scientifique issue du journalisme de combat
L’AFIS comme fer de lance d’une rationalité au service du grand public 
Encadré 2. L’ambivalence de l’Union rationaliste face aux pratiques industrielles et technologiques au début des années 1970
L’unanimisme rationaliste « contre les gogos»: diffuser l’actualité des «labos» et la critique des charlatans

Chapitre 5. Le mouvement rationaliste rattrapé par les patrons des nouvelles bureaucraties savantes (1979-2010)
L’argument du réel porté par les administrateurs de l’instrumentation
L’UR et l’AFIS tiraillées entre épistémologie engagée et plaidoyer pour la technologie
La zététique : le rationalisme sans la responsabilité du savant

Chapitre 6. Le triomphe d’une épistémologie de marché (1990-2005) 
Vers une association de défense du développement technologique et industriel
Le déclin continu de l’Union rationaliste 
La recherche d’un nouveau consensus militant rationaliste


Conclusion


DESCRIPTIF
  • Parution : Mars 2019
  • Coll. : En temps & lieux
  • ISBN EHESS : 978-2-7132-2769-1
  • Prix : 21.00€
AUTEUR(S)