Les Éditions de l'EHESS
Pour une édition en sciences humaines réellement européenne
Nous, universitaires, éditeurs et lecteurs en sciences humaines et sociales, entendons participer collectivement à la construction d’une Europe des savoirs et de la connaissance. Participer à une circulation européenne des idées, c’est prendre toute la mesure des effets de l’élargissement de l’Union européenne dans le champ des sciences sociales. Cela implique aujourd’hui de faire entendre des
voix et des textes de l’Europe centrale et orientale et d’intégrer la pluralité des manières de faire des sciences sociales.
Cette pluralité s’est construite à travers les transferts et les appropriations, mais aussi à travers des expériences particulières et les moments historiques où cette partie de l’Europe fut muselée, interdite de se dire et de s’écrire.
Nous proposons de faire circuler des textes, des intertextualités, traduits, réappropriés pour qu’ils deviennent des dialogues à plusieurs voix. De se souvenir des mémoires blessées et divisées, et de les réintroduire dans le temps de l’histoire générale. Et avant tout de prendre conscience des inégalités symboliques qui
régissent encore les circulations intellectuelles de notre continent. Participer à la circulation européenne des idées, c’est aussi restituer à l’Europe son histoire et enrichir le regard porté sur les sociétés qui la composent, décloisonner par des regards croisés les limites d’une analyse souvent implicitement nationale, pour faire émerger à la fois les spécifi cités et une commune appartenance, malgré et en
raison des soubresauts de l’histoire récente et plus éloignée.
Ces ambitions et ces questionnements représentent un défi pour la communauté des chercheurs, des éditeurs et des traducteurs, que seule une pratique mutualisée pourra relever, en construisant une coopération résolument européenne qui ne fait pas du marché le vecteur unique des biens culturels, mais privilégie la réflexion
autonome et le dialogue interprofessionnel et international. Ce dialogue, pour être efficace et informé, doit se nourrir d’une politique de traduction des recherches réalisées dans les pays d’Europe centrale et orientale, mal diffusées à l’extérieur de leurs frontières nationales, et pourtant décisives pour faire l’Europe scientifique.
Il passe par la promotion de la pluralité des langues à partir desquelles
et vers lesquelles nous traduisons plutôt que par le choix de la seule lingua franca que serait l’anglais. Cette pluralité concerne aussi les historiographies, les lexiques, les modes et registres d’expressions particuliers. Nous pensons qu’il est nécessaire d’avancer de manière pragmatique vers l’européanisation des moyens et des
réflexions en sciences sociales, c’est pourquoi, nous proposons de nous associer :

➜ pour animer le dialogue (via le net et des rencontres régulières) entre chercheurs et éditeurs européens à un moment où les nouvelles technologies viennent bouleverser les modalités du travail de l’éditeur et la circulation de la connaissance.
➜ pour publier ensemble les chantiers de recherche où il est essentiel d’adopter un cadre d’analyse européen. L’histoire des deux guerres mondiales, celle des frontières ou des populations sont des exemples emblématiques du défi lancé par une histoire croisée. Les effets du déclin des classes ouvrières et paysannes en Europe, l’intégration et les droits des migrants, les modalités d’accès et d’exercice de la citoyenneté, ou encore les formes sociales, culturelles et symboliques prises par la coexistence des langues et son évolution dans le temps, sont quelques exemples des pistes de recherche et de publication qui ne peuvent se concevoir dorénavant que dans un cadre d’analyse européen.
➜ pour obtenir des institutions européennes une réelle politique d’aide à la traduction des travaux de sciences humaines édités (sous ses divers formats : livres, articles, papier ou électronique).